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Extraits

Œuvres publiées

Il attendit très longtemps,
comme seul on peut le faire
quand le coeur règne sur l’esprit
et que ce qu’on croit être de la patience
n’est en fait qu’un espoir incommensurable.

D'un certain point de vue

J’arrive à peine du mausolée d’Artus et mes yeux ne sont pas encore taris. Cette petite île isolée au regard des hommes par la mer, les marais et la forêt dense que les Anciens appelaient Avalon est pourtant magnifique, mais je ne parviens pas à m’empêcher de songer que cette flore majestueuse se nourrira désormais de la dépouille de ce fils tant aimé. Un instant j’ai eu envie de m’étendre avec lui dans cette éternité qui nous attend tous ; j’admets volontiers que ce n’eût pas été un grand sacrifice pour un vieillard presque centenaire, mais l’idée de choisir de le rejoindre dans cette infinitude de paix, tout comme j’avais décidé de le mettre au monde ou d’en faire le maître de la Britannia, m’a paru un instant le dernier acte possible de ce drame. Je me retins. 

Les mémoires de Merlin

Et il obéit, comme cet enfant sur le banc d’école qui ne sait pourquoi il ne peut plus courir après les ombres des oiseaux-mouches et qui se retrouve de jour en jour plus près de tous ces autres qui regardent en avant, sur le tableau noir où l’on écrit des choses sérieuses et sombres comme ceux qui les ont inventées.

Un réveil agité d'histoires

Depuis toujours il est comme un jeune homme attablé dans un café, portant chaque minute son regard sur la porte d’entrée en espérant la voir arriver. Mais elle ne vient pas, rien ne se passe.
Rien.
Depuis toujours il attend quelque chose.
Il ne sait pas quoi.

L'Attente

Ce que j’aime chez les autres, ce n’est pas ce qui en fait des gens normaux, de bons citoyens, de respectueux fonctionnels, mais leur part d’ombre, leurs inavouables désirs, leurs fractures anarchistes, leur décadence refoulée, leur rébellion enchaînée, leurs pulsions maîtrisées, leur nature domestiquée, leurs fêlures de mortels.
Plus les robots sont bien huilés, plus je m’extasie devant les traces de rouille.

Tout sauf gris

Ce n’est pas le hasard qui a fait de Merlin le guide par excellence de la quête qui peut guérir la blessure obligeant le Roi Pêcheur à garder le silence sur les mystères du Graal. La fusion de la légende de Merlin avec celle du Graal n’est pas qu’une pure coïncidence. Tout porte à croire, en fait, que le personnage de Merlin a surgi dans l’univers chevaleresque pour donner une réponse aux questions que se posaient les chevaliers.

Les bâtards de Camelot

Ce livre n’est pas un objet de mode consommable que l’on feuillette sur une plage un cocktail en main. Il a été écrit au fil des jours, en réponse à une absurdité de l’actualité, sur le vif d’une émotion ou à partir d’une réflexion sur la condition humaine. Je l’ai rédigé parfois en riant, souvent pour ne pas crier et quelquefois pour ne pas pleurer.

Propos importuns

Quand on leur dit qu’une rose est belle, certains s’empressent de la disséquer afin d’y trouver la beauté. D’autres, et c’est encore plus fréquent, la déposent aussitôt sur une balance pour en estimer la valeur marchande.

Les écrivains ne viennent pas tous du pôle Nord

Œuvres inédites

Le lot des mères : pleurer. Sur la souffrance de leurs enfants, sur la solitude de leur sort à mettre au monde des êtres qui ne réussissent vraiment leur vie que s’ils parviennent à vivre sans elles, à être heureux sans elles. Un travail qui consiste à tout donner, y compris son cœur, y compris son âme, pour finir abandonnées. Elle est là, la première femme de ta vie, près de toi, au pied de l’instrument de torture, entière dans ta souffrance, dans ton exténuation, désarmée devant l’affolement silencieux qu’elle lit dans tes yeux. Tu sais que si elle le pouvait, elle subirait ton supplice à ta place. De tous temps, c’est le malheur des mères de vouloir prendre le supplice de leurs enfants à leur place. Et de le faire, la plupart du temps, sans pour autant enlever celui de leurs enfants. Une fonction maternelle inutile, qui enfle le malheur, le dédouble, sans jamais parvenir à la satisfaction qui l’a vue naître. Deux qui souffrent plutôt qu’un. Deux qui ont d’abord été un. Mystère d’une unité duelle que les pères envient dans le silence de leur masculinité, mais qu’ils ne comprennent pas, ni ne peuvent, ni ne veulent. Mystère d’unité duelle qui se termine dans la souffrance, la pire qui soit, celle de rompre un lien pour donner la vie, de mettre au monde ce qu’on ne veut pas voir souffrir, mais qui souffrira parce que la joie dort dans le même lit que la peine, parce que la douleur est la sœur du plaisir, parce que la mort est l’autre face de la naissance. Toute mère sait qu’il en est ainsi.

Le papillon de Nazareth

Un frisson m’a parcouru la nuque. J’ai pensé à la nuit qui venait. C’était plus fort que moi. Cette rumination, souvent, me submergeait. Cette nuit serait comme les autres nuits. Dans mon lit, les couvertures montées jusque sous mon nez – comme un enfant qui a peur du noir – je sentirais l'odeur de la mort dans ma chambre. Un mélange de transpiration de petit vieux, de tapis moisi et de pus de malade. Et quand la mort serait là avec moi, dans la chambre, je n’aurais pas peur, je me sentirais bien, au contraire. Comme tous les soirs, je remplirais mes narines de cette odeur du mieux que mes vieux poumons me le permettaient encore. Là, j’ouvrirais les bras et je lui dirais de venir, que j’étais prêt, que je l’attendais. Et je l’attendrais, je l’attendrais patiemment, mais elle ne viendrait pas. Elle ne venait jamais. Elle me regarderait, elle m’observerait, elle me tordrait les doigts, elle m’appuierait sur le ventre, sur la vessie surtout. Des fois, j’urinais dans mon lit tellement elle appuyait fort. Dans ce temps-là, je l'entendais murmurer tout bas dans mes oreilles : « Je pourrais te prendre tout de suite, mais je ne te prends pas. Je devrais te prendre tout de suite, mais j'ai trop de plaisir à te voir uriner dans ton lit et à te regarder vivre comme un mort-vivant. » Et là, elle riait la salope.

Funérailles famille

La propension à l’art consommable comme fait historique omniprésent est défendable, mais non moins pathétique. Le mécénat d’autrefois conserve dans son fondement même une reconnaissance de la valeur du créateur. Dans toutes ses formes, de la plus « noble » (musée, exposition, édition, concert, etc.) à la plus vulgaire (téléroman, best-seller, liquidation de marché au puce, etc.), la marchandisation contemporaine de l’œuvre d’art et du créateur est asservissante et soutenue à bout de bras par les aliénés du pouvoir, du succès et de l’argent. Toute œuvre d’art est aujourd’hui assimilée et avalée par la masse de production de gadgets consommables et jetables. Un recueil de poèmes de Baudelaire, une toile de Fragonard ou un disque de Mozart sont aujourd’hui considérés au même titre et sur la même échelle qu’un séchoir à cheveux ou un laminé de Marilyn Monroe. La notion de plus-value en est venue à dicter l’indexation des artistes — les livres de cotes des peintres en étant l’exemple limite — où les spéculateurs ne sont pas ceux à qui devraient être destinés les œuvres d’art, esprits de goût et de sensibilité, mais les bonzes de l’économie de marché dont le pouvoir discrétionnaire est tout entier voué au culte de la majoration du capital investi.

Les bouffeurs d'art

Le bruit de l’eau devint une mélodie, puis la mélodie un chant qui s’élevait comme porté par mille voix douces qui s’accordaient parfaitement entre elles. Je discernai bientôt un son étrange au travers de cette chorale stupéfiante. Une sorte de chuchotement particulier qui détonnait sans pour autant briser l’harmonie de l’ensemble. Je me laissai glisser vers ce son dans lequel je distinguai bientôt une voix lointaine. Lentement, comme la conscience qui tombe dans le sommeil, je perçus de mieux en mieux cette voix. Au début, ce ne fut qu’un mot ici et là dans la mélodieuse litanie. Mais, peu à peu, la voix se fit plus claire. La rivière me parlait, me livrait un message extraordinaire, la parole la plus belle que j’ai entendue de toute ma vie.

La vieille qui parlait à la rivière

Comme Casanova ou Don Juan, j’aime tout chez la femme : ses yeux, son intelligence, son regard, son nez, son humour, sa bouche, sa force, ses dents, sa douceur, sa langue, sa créativité, son cou, ses épaules, ses bras, ses mains, ses doigts, ses seins, son ventre, sa liberté, son bas-ventre, son sexe, ses jambes, ses genoux, ses chevilles et ses pieds. Mais pas dans cet ordre.

Empreintes de soie

Cette nuit, vers 3h30, le vent a sorti son violon, et les portes, telles de jeunes filles au bal, ont valsé jusqu’au petit matin.

Réveillé par cette agitation nocturne, je suis sorti fumer une cigarette sur la galerie, et j’ai surpris les araignées en train de se goinfrer comme des Romaines à une orgie.

Silences en clair‑obscur

Pages de livre

J'écris pour

Ne pas sombrer       Pour partager

           Ne pas crier            Pour survivre

                           Pour rire                  Passer le temps

                                             Pour aimer

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